Objectifs atteints pour le chauffage à granulé et solaire du refuge du Chardonnet
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Le refuge du Chardonnet à 2227 m d’altitude, photo Thibaut Blais
Sur la commune de Nevache, au cœur de la haute vallée de la Clarée, non loin de la Maurienne, de Briançon et de l’Italie, à la limite entre la forêt et les alpages, aux pieds de magnifiques falaises calcaires, se niche, à 2227 m d’altitude, le refuge du Chardonnet. Ne disposant d’aucune route, il faut 3h30 à pied depuis le village ou 1 h en quad 6 × 6 l’été ou en motoneige l’hiver pour y accéder. C’est dans cet endroit tout aussi fascinant qu’inhospitalier que les énergies renouvelables ont remplacé le fioul qui servait au chauffage et à la production d’eau chaude sanitaire.
Des conditions extrêmes pour une chaudière domestique
Le refuge du Chardonnet est ouvert au public une grande partie de l’année pour les randonneurs, les skieurs et les grimpeurs. Disposant de 39 places de couchage organisées en sept mini-dortoirs, c’est aussi un très bon restaurant qui doit travailler en autonomie presque totale. Alimenté en eau par une source, il est ravitaillé par hélicoptère pour tout le reste, deux fois par an, en deux campagnes qui prennent chacune une journée entière avec plus de 20 rotations depuis la vallée.

Le refuge du Chardonnet en hiver, photo Refuge du Chardonnet
Soumis à des températures glaciales l’hiver, jusqu’à -25°C, parfois englouti sous la neige, les gestionnaires du refuge comptent sur la fiabilité de ces productions énergétiques, mais aussi sur leur durabilité et leur compétitivité. Longtemps chauffé au fioul domestique, en 2023 l’établissement a souhaité passer au renouvelable et surtout à une facture énergétique plus raisonnable. La chaudière à fioul a ainsi été remplacée par une chaudière à granulés de bois couplée avec une installation solaire thermique.
Les énergies renouvelables : une évidence
Pour commencer, pour la production électrique indispensable à l’éclairage, aux pompes, aux appareils électro-ménagers et au rechargement des batteries des visiteurs, le refuge, qui n’est bien sûr pas relié au réseau électrique, après avoir fonctionné longtemps avec un groupe électrogène à essence, a été équipé d’une installation photovoltaïque avec stockage en batteries, conservant le moteur en dépannage. La disponibilité électrique apportée par cette installation s’est avérée suffisante pour l’alimentation de la chaudière à pellets Hargassner dont les besoins de pointe ne dépassent pas 1 kW, et qui ne consomme que 200 W en régime établi.
Si la cuisine est réalisée avec du gaz en bouteilles, pour le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire, représentant un besoin annuel d’environ 25 MWh, c’est une combinaison de granulé de bois et de solaire thermique qui a été choisie pour remplacer le fioul.

12 m² de capteurs solaires thermiques alimentent le refuge en chauffage et ECS, photo Gabriel Puy
La réflexion autour de la transition énergétique du refuge a mené le gérant, Nicolas Purson, à rencontrer Gabriel Puy, chauffagiste dans le Briançonnais installé à SerreChevalier, spécialiste du chauffage bois et solaire en montagne, et lui aussi amoureux de la montagne. Pour Nicolas, l’objectif était de disposer d’une installation à la fois durable pour l’environnement, économique en fonctionnement, raisonnable en investissement, et enfin fiable du point de vue technique, la survie de personnes pouvant en dépendre !
Par amour de la montagne
Gabriel, qui a travaillé durant cinq ans avec son papa, également chauffagiste bois et solaire de montagne, est à son compte depuis 2014 et a fait également du chauffage bois et solaire sa spécialité. Il est pour cela qualifié RGE Qualibois Eau, Qualisol Chauffe-Eau Solaires Individuels (CESI) et Qualisol Systèmes Solaires Combinés (SSC).
En termes d’équipements, Gabriel ne travaille qu’avec des matériels de grande fiabilité, indispensables en montagne, et notamment pour cela avec la concession Alpes de la société Hargassner France basé en Isère, et qui fournit à la fois les chaudières à bois, les ballons et les capteurs solaires. Et la concession réalise également l’entretien annuel pour les clients qui le souhaitent, comme c’est le cas ici.
La solution technique
La haute montagne des Alpes du Sud étant particulièrement bien ensoleillée, le recours au solaire pour le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire s’imposait naturellement, en base. Le recours au bois, traditionnellement utilisé en montagne, s’imposait également pour faire l’appoint technique du solaire les jours de mauvais temps, mais aussi lors des pics de fréquentation du refuge, notamment les week-ends d’hiver.
Pour le refuge, Gabriel a dimensionné et installé en bois une chaudière Nano-PK de 32 kW alimentée par un mini silo de 500 kg rempli avec des sacs. La chaudière est ainsi capable de couvrir 100 % des besoins thermiques en cas d’indisponibilité totale du solaire, lors d’une tempête de neige par exemple.

La chaudière à granulé, le ballon et le mini-silo au refuge du Chardonnet, photo Gabriel Puy
En solaire, il a installé en toiture 12 m² de capteurs plans de l’entreprise allemande Thermosolar, l’un des plus anciens fabricants de capteurs solaires thermiques en Europe. L’entreprise, qui existe depuis 1972, est aujourd’hui filiale du groupe Hargassner. Grâce aux multiples châssis et fixations à disposition en catalogue, ces capteurs s’intègrent sur tous types de toitures, au sol ou en façade, et dans le cas présent, ils ont été posés à la place de bardeaux en bois !
Les deux productions convergent vers un ballon de 600 litres qui alimente des radiateurs et qui dispose de trois circuits internes : un tout en bas parcouru par le fluide solaire qui chauffe directement les retours froids, un au-dessus qui est parcouru par le fluide de la chaudière, et un tout en haut pour la production d’eau chaude sanitaire.
Un chantier bonheur

Héliportage de la chaudière à granulé au refuge du Chardonnet, photo Gabriel Puy
Pour Gabriel, cette commande a constitué un chantier de rêve dans lequel il a pu pratiquer à la fois son métier et sa passion de la montagne.
L’installation a été réalisée et mise en service en juin 2023. Le refuge, alors fermé pour travaux, a été « abandonné » aux chauffagistes pour la durée du chantier. Ainsi, après des préparatifs minutieux, avec une liste de fournitures revérifiée dix fois, une équipe de trois personnes, composée de Gabriel et de deux travailleurs indépendants, est restée en totale autonomie durant deux semaines pour réaliser l’installation. Le matériel a été monté en grande partie par hélicoptère, en quatre rotations, à l’occasion du ravitaillement d’été du refuge, un autre ravitaillement étant également organisé chaque année avant la saison hivernale. Pour l’occasion, Nicolas avait achalandé les réfrigérateurs du refuge afin que l’équipe ne meure pas de faim avant d’avoir fini le travail. Une partie du petit matériel et les hommes ont été acheminés par le quad du refuge. Et cerise sur le gâteau, le beau temps a été de la partie pour ne rien gâcher.
Tous les objectifs atteints
Avec trois années de recul, Nicolas tire un bilan très positif de l’opération. Tout d’abord, du côté investissement, le chantier est entré dans le budget imaginé par Nicolas avec un montant maîtrisé de 47 000 € HT. Ensuite, le recours aux énergies renouvelables s’est confirmé tout à fait économique en comparaison du fioul. Tout d’abord, le solaire, avec une production moyenne annuelle de 1 kWh/jour/m², sur les 185 jours d’ouverture du refuge à l’année, le solaire couvre de l’ordre de 10 % des besoins de chauffage. La consommation de granulé s’établit quant à elle à 4,5 tonnes par an sur la période d’ouverture, représentant un budget de 1600 €/an, bien en deçà du budget fioul. Enfin, pour la fiabilité, Nicolas n’a eu aucune déconvenue à ce jour.
Contacts :
- Le refuge : www.refugechardonnet.wpcomstaging.com
- L’installateur : 06 62 65 61 03 - www.gabriel-puy.com
- Chaudière, solaire thermique, ballon et entretien annuel : 04 76 07 81 81 – www.hargassner.com/fr-fr/concessions/alpes/
Frédéric Douard

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