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E. Macron interpellé sur l’incompréhensible baisse de MaPrimeRénov’ en 2024 pour le chauffage au bois

Poêle Hoben H7 Osmose, photo Inovalp

Deux associations professionnelles françaises du chauffage au bois interpellent Emmanuel Macron sur la baisse programmée de MaPrimeRénov’, au 1er avril 2024 , pour les équipements de chauffage domestique au bois, pourtant la solution de chauffage la plus locale et la plus économique à destination des ménages français.

Lettre ouverte

 » Le gouvernement s’engage résolument dans une démarche vertueuse visant à réduire les dépenses et les dépendances énergétiques en France. L’un des instruments privilégiés pour atteindre cet objectif est l’incitation des propriétaires et des bailleurs à entreprendre des travaux de rénovation énergétique, notamment par le biais de dispositifs d’aides tels que MaPrimeRénov’. Nous ne pouvons que saluer cette démarche.

Toutefois, les modifications envisagées pour ce dispositif en 2024 comportent des risques majeurs, susceptibles d’aller à l’encontre des objectifs initiaux et de porter préjudice aux filières professionnelles concrètement impliquées dans cette action, notamment la filière du chauffage domestique au bois.

Dans le contexte actuel, toutes les énergies renouvelables sont nécessaires et la filière du chauffage au bois fait face à des défis importants, notamment une diminution sans précédent des ventes d’appareils à cause du très fort ralentissement du marché en 2023 suite à la crise énergétique. Il est aujourd’hui incompréhensible que l’État envisage de réduire de 30% le montant des aides accordées au chauffage au bois à travers MaPrimeRénov’ alors qu’elles sont maintenues voire augmentées pour les autres énergies. Cette décision pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour une filière que l’Etat exhortait encore l’an dernier à intensifier sa mise à disposition de combustible et d’installations de chauffage.

La filière est déjà en grande difficulté après avoir pris des risques importants afin de répondre aux attentes de l’Etat et des Français pour passer des énergies fossiles à l’énergie bois. Notre filière a engagé de gros moyens durant ces derniers mois pour produire davantage de combustibles bois et d’appareils toujours plus performants.

Cette baisse d’aides sur les appareils au bois est également préjudiciable aux ménages français. Confrontés à des contraintes de pouvoir d’achat, ils vont avoir un accès réduit à une énergie performante, locale, circulaire, souveraine, renouvelable, décarbonée, créatrice d‘emploi et économique.

La mise en oeuvre de l’obligation de présentation d’un Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) par les ménages pour bénéficier des aides constitue une autre source d’inquiétude car c’est un frein à l’engagement de travaux par les ménages et un coût additionnel non négligeable. Bien que cet outil soit nécessaire pour analyser l’efficacité énergétique des bâtiments, sa mise en pratique soulève des préoccupations légitimes. Les lacunes actuelles, telles que le nombre limité de prestataires formés pour réaliser ces DPE, les délais de formation et de qualification des prestataires supplémentaires, ainsi que le suivi et le contrôle de ceux-ci, rendent cette exigence impossible à satisfaire.

Nous tenons à souligner que la filière du chauffage au bois a déjà dû faire face à un lancement approximatif et mal préparé de MaPrimeRénov’ en 2020, avec des problèmes persistants encore trois ans après. Imposer le DPE dès 2024 sans une préparation adéquate conduira à une catastrophe pour cette filière. L’absence d’informations claires et les annonces imprécises voire contradictoires de l’agence qui gère ce programme et d’autres services chargés d’éclairer les professionnels soulignent cette impréparation, à quelques jours seulement de la mise en oeuvre du dispositif.

Nous sommes aussi très préoccupés par le fait que tous les exemples de rénovations et toutes les recommandations de travaux soient invariablement orientées vers la pompe à chaleur. Toutes les solutions ne devraient-elles pas être mentionnées par défaut, laissant une place à chaque énergie dans le mix énergétique du chauffage ?

Nous attirons votre attention sur le fait que si la filière du chauffage domestique au bois venait à s’effondrer – ce qui est le réel risque ici –, cela aura des répercussions en amont sur l’industrie du bois. Moins d’appareils au granulé installés mettrait par exemple en péril les usines françaises de granulé qui assurent 85% de la consommation nationale. Nous rappelons également que le bois-énergie est une composante essentielle de la prospérité des scieries françaises et de la filière bois en général, une filière qui est aujourd’hui le premier employeur de France avec 440 000 emplois directs et indirects. Fragiliser cette industrie dans une période de crise économique, qui va très certainement entrainer une hausse mécanique du chômage en 2024, serait irresponsable.

Nous demandons donc le maintien intégral du dispositif MaPrimRénov’ en 2024 pour les appareils de chauffage au bois. Et nous vous prions instamment de différer l’obligation du DPE à une date qui garantira une mise en oeuvre effective du dispositif, étant entendu qu’une telle échéance ne devrait pas intervenir avant le 1er janvier 2025. Il est enfin important de rappeler que toutes les stratégies de transition énergétique du pays reposent toutes sur la première énergie renouvelable en France, le bois-énergie. »

Yann Denance, Président Propellet France

Patrice Escrieut,  France Président FIPC




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